Dans l’écosystème IT, de nombreux dirigeants parlent d’innovation ou de croissance. Philippe Vieira, à la tête de la centrale d’achat Advance-S, défend une autre réalité du métier : la régularité, l’énergie et la capacité à continuer à apprendre avec les années. Après plus de vingt ans dans la distribution IT, il revient sur les apprentissages, les rencontres et les remises en question qui ont façonné son parcours de dirigeant.
Entretien avec Philippe Vieira
On parle souvent de la difficulté d’entreprendre en France. Qu’est-ce qui vous a poussé à franchir le pas ?
Philippe Vieira : Lorsque j’ai créé Advance-S en 2019, cela faisait déjà plus de vingt ans que je travaillais dans la distribution IT. J’avais accumulé de l’expérience terrain, en tant que commercial, mais aussi comme manager. J’ai eu la chance de rencontrer très tôt quelqu’un qui a cru en moi et qui m’a transmis sa passion, son professionnalisme. C’est aussi une question d’opportunité, de timing. L’entreprise dans laquelle je travaillais venait de se faire racheter, son activité allait évoluer. C’était le bon moment pour moi de construire ma propre structure, de capitaliser sur ce que j’avais appris.
« Dans les entreprises, les enjeux liés aux achats de matériel restent bien réels. »
Surtout, j’avais la conviction que je pouvais aider concrètement les professionnels de l’IT. À cette période, le marché parlait déjà énormément de cloud, de SaaS ou de services managés. Mais je voyais aussi qu’il existait des besoins très concrets autour des achats de matériel, du hardware, que peu d’acteurs savaient adresser. Des enjeux dont on parlait moins, très opérationnels, et sur lesquels je pouvais apporter une réelle expertise.
Vous parlez d’une rencontre professionnelle qui vous a permis de vous préparer au métier de dirigeant. Pouvez-vous revenir dessus ?
On entend souvent parler de l’importance de pouvoir s’appuyer sur d’un mentor, sur quelqu’un qui vous « coach » en quelque sorte. Avec bienveillance, mais aussi exigence. Un de mes premiers managers a joué ce rôle pour moi. Avant de le rencontrer, j’étais un bon commercial. Je savais vendre, développer des clients, faire du terrain. Il m’a poussé à prendre du recul, à comprendre le fonctionnement de l’entreprise.
Vendre sans structure n’est pas suffisant. J’ai découvert des sujets comme la gestion, les marges analytiques, la comptabilité et le fonctionnement global d’un P&L. Cela peut paraître évident avec le recul, mais quand vous êtes commercial pendant des années, vous ne voyez pas forcément tout ce qu’il y a derrière une entreprise.
Il m’a aussi poussé à me former au management. Cela a été une vraie prise de conscience. Je me suis rendu compte que manager ne consistait pas simplement à donner une direction ou suivre l’activité d’une équipe. Il fallait comprendre comment faire progresser des collaborateurs, gérer des personnalités différentes, faire passer certains messages ou encore structurer l’organisation au fur et à mesure que l’entreprise grandissait. Des fondamentaux que j’applique encore aujourd’hui.
Que retenez-vous de vos premiers mois d’activité, du lancement de l’entreprise ?
La première année me demande énormément d’investissement personnel. Je suis seul pour tout faire, comme beaucoup de dirigeants de petites structures. Je gère à la fois le commerce, les achats, l’administratif, les problèmes du quotidien et le développement de l’entreprise. C’est une période très intense, mais aussi très formatrice. J’apprends, car je n’ai pas le choix, je dois facturer, maintenir le niveau de service que mes clients attendent.
« Les équipes ressentent l’implication du dirigeant. »
Je comprends aussi très vite qu’un dirigeant ne peut pas tout faire seul. Je suis convaincu qu’une entreprise avance beaucoup mieux lorsque chacun reste concentré sur ses points forts : plutôt que d’embaucher un commercial pour m’épauler, je fais alors le choix de recruter une responsable back-office. C’est un pari gagnant pour nous : l’entreprise se structure beaucoup plus vite, les process deviennent plus fluides et, je peux me reconcentrer pleinement sur le développement de l’activité, les clients et nos partenaires.
Qu’est-ce que les années d’entrepreneuriat vous ont appris sur la réussite d’une entreprise ?
Avec les années, je pense que la discipline et la régularité deviennent des éléments essentiels. Beaucoup de personnes imaginent l’entrepreneuriat comme une succession de grands moments ou de décisions importantes. En réalité, une entreprise se construit surtout dans la durée.
L’énergie joue aussi un rôle énorme. Quand vous dirigez une entreprise, votre état d’esprit a forcément un impact sur vos équipes et sur votre environnement. Avec le temps, je me suis aussi rendu compte que cela passait par des choses très concrètes : le sommeil, le sport, l’alimentation, l’hygiène de vie en général. Pendant longtemps, beaucoup de dirigeants négligent ces sujets. Pourtant, quand vous devez garder un niveau d’énergie élevé sur plusieurs années, cela devient essentiel.
J’ai conscience d’avoir la chance d’évoluer dans un secteur qui me passionne encore aujourd’hui. Je continue à aimer les échanges, le business, les projets et l’environnement IT de manière générale. Je pense que cela influence forcément la culture d’entreprise. Les équipes ressentent rapidement si le dirigeant reste impliqué, s’il garde de l’énergie et s’il prend encore du plaisir dans ce qu’il construit au quotidien.
Qu’est-ce qui nourrit aujourd’hui votre réflexion de dirigeant ?
Je continue d’apprendre en permanence. C’est essentiel pour moi, me former pour comprendre les évolutions du marché, pour pouvoir prendre des décisions éclairées. Je démarre dans quelques jours une formation autour de l’IA qui va durer près de deux mois. Les échanges avec d’autres dirigeants jouent aussi un rôle très important dans ma réflexion. Quand vous dirigez une entreprise, vous vous rendez compte que beaucoup de problématiques sont finalement partagées : management, croissance, organisation, énergie, prise de décision… Discuter avec d’autres entrepreneurs permet de prendre du recul et d’éviter de rester enfermé dans son quotidien opérationnel.
C’est aussi ce qui m’a poussé à lancer le podcast “La Voix des CEO”. Un projet qui n’a pas de lien direct avec l’activité d’Advance-S. C’est avant tout une démarche personnelle, très liée à ce que j’aime dans l’entrepreneuriat : les échanges, les rencontres, le partage d’expérience et le contact humain. Créer des discussions directes entre dirigeants, autour de leurs parcours, de leurs réussites, mais aussi de leurs difficultés ou de leurs remises en question. Aujourd’hui, la chaîne youtube “La Voix des CEO” rassemble plus de 150 000 abonnés. Je vous parlais d’énergie. Au-delà des chiffres, ce podcast est un moteur pour moi. Il m’apporte énormément, humainement. Et j’espère que c’est aussi le cas pour ceux qui nous écoutent !
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