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    Seconde vie des équipements IT : jusqu’où va la responsabilité des fournisseurs ?

    La fin de vie des équipements IT engage les fournisseurs au-delà de la vente. Quelles obligations, quels financements et quelles solutions pour les constructeurs, distributeurs et prestataires IT ?

    Entretien avec Basilios Riniotis, directeur adjoint Grands Comptes et Économie Circulaire d’Ecologic.

    À quoi sert un éco-organisme comme Ecologic ?

      Basilios Riniotis : Ecologic a été créé en 2005 pour répondre au besoin exprimé par des producteurs d’équipements électriques et électroniques de mutualiser la prise en charge de leurs obligations réglementaires. Le principe de la responsabilité élargie du producteur est simple : lorsqu’un fabricant met un équipement sur le marché, il doit aussi organiser sa fin de vie. Il peut le faire lui-même ou transférer ses obligations à un éco-organisme.

      « Notre métier n’est pas de reconditionner des équipements ni de valoriser des parcs pour notre propre compte. »

      Nous sommes financés par les contributions environnementales des producteurs. Initialement, notre mission était très opérationnelle : collecter les équipements, les transporter, les dépolluer et les traiter. Nous devions également accompagner la montée en compétence des prestataires, les auditer et rendre compte aux pouvoirs publics.

      Notre cahier des charges a progressivement évolué vers la prévention des déchets. Nous intervenons donc aussi sur l’entretien, la réparation et le réemploi, pour retarder autant que possible le moment où un équipement devient un déchet. Nous sommes un organisme à but non lucratif. Notre métier n’est pas de reconditionner des équipements ni de valoriser des parcs pour notre propre compte. Nous aidons les fabricants, les distributeurs et les détenteurs à trouver les solutions adaptées.

      Quels sont les enjeux liés à la durée de vie des équipements IT ?

      Notre conviction est qu’un équipement ne doit pas devenir un déchet tant qu’il peut encore être utile. Cela implique de considérer les possibilités d’entretien, de réparation et de réemploi avant de l’orienter vers le recyclage.

      Pour les parcs professionnels, le réemploi marchand est aujourd’hui un sujet particulièrement pertinent. Les acteurs doivent composer avec l’évolution du coût de la mémoire, l’augmentation du prix des équipements et des tensions sur leur disponibilité. Donner une seconde vie à un parc prend donc aussi un sens économique.

      Nous distinguons le réemploi marchand, qui repose sur des structures capables de remettre les équipements en état pour leur donner un nouvel usage, du réemploi solidaire, notamment porté par les acteurs de l’économie sociale et solidaire.

      Lorsque l’équipement ne peut plus servir, la collecte et la dépollution restent indispensables. Il y a également un enjeu de récupération des matières premières secondaires. Nous travaillons avec les fabricants sur ce sujet, qui touche à la souveraineté des approvisionnements : nous ne disposons pas nécessairement, en Europe, de toutes les matières que nous souhaitons capter.

      Comment accompagnez-vous les organisations concrètement ?

      Nous proposons des outils et un réseau de partenaires pour organiser la seconde vie ou la fin de vie des équipements. Notre plateforme e-déchets permet notamment d’accéder à des solutions de collecte, de transport et de traitement. Nous pouvons également mettre les acteurs en relation avec des structures de réemploi pour travailler sur la revalorisation de leurs parcs.

      L’objectif est d’aider le fabricant ou le réseau de distribution à organiser cette démarche pour les équipements de leurs organisations utilisatrices. Nous intervenons en appui, avec des partenaires qui réalisent les opérations.

      Un point important concerne le financement. Certaines solutions de collecte, de transport et de traitement sont déjà financées par la filière. Il faut permettre aux organisations d’en bénéficier et éviter de leur faire payer deux fois ce qui a déjà été financé par le fabricant.

      L’accompagnement dépend aussi de ce qui existe déjà. Certains fabricants disposent de solutions et cherchent à mieux les faire connaître. D’autres veulent les intégrer dans une offre plus globale, qui couvre l’entretien, la réparation, le réemploi puis la collecte et la dépollution. Notre rôle est de les aider à articuler ces différentes étapes.

      Quelle place occupent les revendeurs IT et intégrateurs dans votre démarche ?

      Ils sont essentiels, parce qu’ils connaissent les équipements qu’ils vendent et les organisations qu’ils accompagnent. Ils constituent donc un relais indispensable pour expliquer les possibilités de réparation, de réemploi ou de collecte et pour proposer les solutions correspondantes.

      « Transformer une contrainte réglementaire en valeur ajoutée. »

      Nous travaillons avec l’ensemble de la chaîne de distribution, du fabricant à l’utilisateur, en passant par les grossistes, les revendeurs et les intégrateurs. Nous animons régulièrement des webinaires, c’était encore le cas la semaine dernière avec les partenaires d’un des principaux distributeurs IT en France, Ingram Micro. Nous capitalisons sur ces rencontres pour expliquer les obligations respectives du fabricant, du détenteur et du fournisseur des équipements.

      Il s’agit pour nous de transformer une contrainte réglementaire en valeur ajoutée dans l’accompagnement des organisations. Le prestataire IT, par exemple, peut mobiliser des partenaires de réemploi, proposer une solution solidaire ou organiser la collecte des équipements qui ne peuvent plus être utilisés.

      Cette approche repose sur le collectif. Les fabricants financent la filière, mais chaque maillon peut contribuer à son fonctionnement. Sensibiliser les revendeurs et intégrateurs permet de faire connaître les solutions et de les intégrer à leurs échanges avec les utilisateurs.

      Quelles évolutions souhaitez-vous encourager dans la filière IT ?

      J’accompagne une quarantaine d’organisations dans leur démarche d’économie circulaire. Toutes ne partent pas du même point : certaines ont déjà développé des services, tandis que d’autres ont encore peu structuré leur approche.

      Nous leur proposons d’intervenir dès l’écoconception. Avec nos équipes de recherche et développement, nous aidons les fabricants à examiner comment concevoir des produits plus faciles à réparer et à dépolluer. Nous travaillons aussi sur l’incorporation de matières premières secondaires, même si cette démarche reste compliquée en Europe.

      L’offre « producteur-acteur » s’inscrit dans cette logique. Lorsqu’un constructeur agit déjà sur une étape de l’économie circulaire, nous pouvons étudier comment soutenir ses actions, développer ses services ou en faire émerger de nouveaux. Cet appui peut prendre la forme de compétences, d’un soutien financier ou d’un accompagnement en communication.

      Le constructeur finance ses obligations, mais il peut également tirer de ses actions une valeur économique ou une offre différenciante. Notre rôle est de l’accompagner selon son niveau d’engagement, de l’écoconception jusqu’à la dépollution, en donnant davantage de place à la réparation et au réemploi.

      [▶️ à lire également] Achats et marchés publics IT : qui garde le contrôle ?

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