La souveraineté et la sauvegarde des données posent une question d’architecture : comment conserver des copies récupérables si un incident touche la production ou son prestataire ? Des enjeux auxquels sont confrontées au quotidien les équipes de l’ESN ScaleSquad, filiale de Neurones IT.
Entretien avec Matthieu Vanhautere,architecte et consultant infrastructure et cloud, et José Delgado, ScaleSquad.
Quelles exigences les organisations imposent-elles aujourd’hui à leur prestataire informatique ?
José Delgado : Nous travaillons principalement avec des ETI, mais aussi avec des collectivités territoriales et des ministères. Dans leurs demandes, plusieurs sujets reviennent : la souveraineté, les certifications et la manière de concevoir leur infrastructure pour ne pas tout concentrer chez un même fournisseur.
Elles attendent également de nous un conseil continu. Nous intégrons systématiquement cette dimension dans nos contrats d’infogérance pluriannuels. Nous devons être capables de proposer des évolutions, de discuter leurs objectifs et de concevoir les solutions correspondantes. Notre rôle ne s’arrête donc pas à l’exploitation d’une infrastructure déjà installée.
Comment les contraintes réglementaires influencent-elles leurs arbitrages ?
José Delgado : Les organisations nous interrogent beaucoup sur NIS 2 et DORA. Dans les institutions financières, notamment, ces sujets conduisent à nous demander quelles alternatives nous pouvons proposer et comment réduire certaines dépendances dans leur environnement informatique.
« Les organisations nous interrogent sur NIS 2 et DORA. »
Mais elles s’interrogent aussi sur le coût des adaptations. J’ai récemment eu un interlocuteur qui souhaitait apprécier le risque et comprendre ce que les mesures liées à DORA impliqueraient concrètement pour son organisation. Cela nous amène à discuter des choix d’infrastructure, des moyens à engager et des risques auxquels ils répondent.
Comment passez-vous du besoin à la conception de l’infrastructure ?
Matthieu Vanhautere : Nous partons du besoin et de l’existant. Une organisation peut disposer d’une infrastructure sur site, souhaiter nous en confier l’exploitation ou vouloir la reconcevoir avec nous. Notre travail consiste à comprendre où se trouvent ses données et comment elle souhaite les gérer, puis à définir une architecture adaptée.
Nous distinguons la conception de la production. Les équipes de production prennent en charge un socle déjà en place. De notre côté, nous intervenons en amont pour concevoir la solution et accompagner l’organisation jusqu’à la transition vers l’environnement choisi.
Quelle place donnez-vous à la sauvegarde dans cette conception ?
Matthieu Vanhautere : Pour la sauvegarde, nous raisonnons par briques. L’organisation conserve des possibilités de choix dans la composition de son architecture. Nous pouvons préconiser une solution, mais certains besoins peuvent conduire à retenir une autre destination de sauvegarde, y compris de la bande.
Un point revient dans nos échanges : nous pouvons concevoir ensemble l’hébergement de la production, mais il faut aussi regarder à quel moment les sauvegardes sortent de cette chaîne. L’objectif est de conserver des données ailleurs, pour pouvoir les réutiliser si l’environnement principal est touché.
Comment envisagez-vous la reprise après un incident ?
Matthieu Vanhautere : Un exemple intéressant est la perte d’un datacenter, notamment à la suite d’un incendie. Si toutes les données sont au même endroit, l’organisation peut perdre à la fois sa production et les copies dont elle aurait besoin pour redémarrer. La répartition entre plusieurs sites fait donc partie de la réflexion.
« Nous ne raisonnons pas uniquement en nombre de datacenters. »
Mais nous regardons aussi qui opère ces sites et comment les environnements sont reliés. Une organisation peut avoir déplacé ses sauvegardes ailleurs tout en restant au sein d’une même société. Si des tunnels ou des interconnexions relient les infrastructures, il faut examiner la possibilité qu’une attaque affectant un côté atteigne également l’autre.
C’est pour cela que nous ne raisonnons pas uniquement en nombre de datacenters. Nous cherchons à diversifier les endroits où les données sont conservées, avec une attention à la sécurité de l’ensemble. Ce qui compte, c’est de disposer de données réutilisables et de briques permettant de recommencer quelque part. Avoir une copie ailleurs doit servir cet objectif de reprise.
Comment choisissez-vous les solutions qui composent ces architectures ?
Matthieu Vanhautere : Le choix dépend du besoin et du rôle de chaque solution dans l’architecture. Pour la sauvegarde et la restauration, nous travaillons régulièrement avec une solution associant Veeam et le stockage S3 de Leviia. Veeam assure la partie sauvegarde, tandis que Leviia constitue une destination pour les copies.
Ce socle technique répond à une demande concrète : conserver les sauvegardes chez un fournisseur distinct de celui qui héberge la production. Une organisation peut nous confier son infrastructure tout en souhaitant que ses copies soient stockées ailleurs. Leviia permet d’intégrer cette destination externe à une architecture de sauvegarde utilisant Veeam.
Nous avons désormais dépassé une première année d’exploitation avec Leviia. Nous avons donc du recul sur son utilisation : la solution répond au besoin de sauvegarde externalisée. Et le fait de travailler avec un fournisseur français apporte une réponse aux exigences de souveraineté qui reviennent dans nos échanges avec les organisations.
Ces réflexions concernent-elles aussi les outils collaboratifs ?
José Delgado : Oui, certaines organisations s’interrogent sur ce qui se passerait si leur environnement collaboratif devenait inaccessible : comment continuer à travailler et à gérer leur activité ? Elles ne sont pas nécessairement prêtes à changer leurs outils, mais ces questions reviennent dans nos échanges.
Les évolutions de Leviia sur la partie collaborative sont intéressantes dans cette optique, parce qu’elles répondent à ces préoccupations. Cela ouvre la discussion sur les alternatives possibles, avec la même logique de choix par briques que pour la sauvegarde : examiner ce qui pourrait trouver sa place dans l’existant, sans envisager d’emblée un remplacement complet des outils.





