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    RSSI et DAF : quand la sécurité des paiements devient un enjeu cyber

    La fraude bancaire ne relève plus uniquement des directions financières. Automatisation des paiements, qualité des données tiers et nouvelles réglementations rapprochent désormais DAF et RSSI autour d’un objectif commun : sécuriser les flux financiers.

    Une tribune d’Adeline Humbert, Directrice des relations institutionnelles, Sis ID

    En juin 2026, plusieurs grandes banques espagnoles ont créé une alliance afin de mutualiser certains signaux de fraude financière (1). En France, dès septembre, la facturation électronique accélérera encore l’automatisation des chaînes de paiement. Le signal est clair. Pour l’ensemble des organisations, la tâche n’est plus seulement de contrôler les flux, mais d’organiser et garantir la fiabilité des informations qui les autorisent. Car sans identité bénéficiaire, IBAN et référentiels tiers fiables, un paiement peut être conforme dans la forme et frauduleux dans les faits. 

    Un risque collectif

    Au premier semestre 2025, la fraude aux moyens de paiement a atteint 618,4 millions d’euros en France. Un chiffre en hausse de 7,4 % par rapport au premier semestre 2024. Le virement représente 37 % de la fraude en valeur, même s’il conserve un taux de fraude global faible (2). Ce paradoxe résume l’enjeu : le virement reste sûr, mais lorsqu’il est détourné, l’impact peut être majeur. La fraude bancaire a changé d’échelle. Les fraudeurs testent, réutilisent, industrialisent. Ils exploitent les mêmes ressorts que la cybercriminalité : ingénierie sociale, usurpation d’identité, compromission de messagerie, réutilisation de données compromises, scénarios ciblés.

    Face à un risque organisé en réseau, les contrôles internes restent indispensables, mais insuffisants. Chaque entreprise vérifie encore trop souvent seule, avec ses propres procédures, pendant que les fraudeurs circulent d’une cible à l’autre. La sécurité des paiements ne peut donc plus être pensée uniquement comme une affaire interne.

    La donnée financière devient une matière première cyber

    La donnée financière a longtemps été vue comme une donnée de back-office. Les directions commerciales ont appris à considérer la donnée client comme un actif stratégique. Les directions financières doivent désormais porter le même regard sur leurs bases de tiers payés.

    Coordonnées fournisseurs, informations légales, rattachement des entités, RIB, IBAN, statut d’un compte, qualité de la dernière mise à jour : cette matière n’est plus seulement administrative. Elle devient une matière première de sécurité. Une donnée fiable ne supprime pas la fraude. Mais une donnée fragile ralentit les vérifications, multiplie les exceptions, affaiblit les contrôles et complique les audits. Dans une chaîne automatisée, l’erreur ne reste pas toujours localisée. Elle se propage.

    Automatiser suppose de fiabiliser

    La réglementation pousse déjà dans ce sens. Le règlement européen sur les paiements instantanés a introduit la Verification of Payee dans la zone euro à partir du 9 octobre 2025. Son objectif est de signaler au payeur les écarts entre l’identifiant du compte et le nom du bénéficiaire avant l’initiation du paiement (3). En France, la facturation électronique généralisera progressivement la réception et l’émission de factures électroniques à partir du 1er septembre 2026. Elle se poursuivra par l’obligation d’émission pour les PME et micro-entreprises au 1er septembre 2027 (4).

    Le prérequis est évident : automatiser une chaîne fondée sur une donnée de mauvaise qualité revient à accélérer le désordre. Le contre-appel, la double validation, la vigilance humaine et les formations au phishing restent nécessaires. Mais ils ne suffisent plus lorsque les volumes augmentent, que les scénarios deviennent crédibles et que les délais de paiement se réduisent.

    DAF, RSSI, compliance : organiser la responsabilité

    La question devient alors celle de la gouvernance. Le DAF porte la matérialité du risque : trésorerie, paiement fournisseur, continuité opérationnelle, perte financière. Le RSSI porte la sécurité des environnements : messagerie, identité, accès, workflows, ERP, signaux de compromission. La compliance et le juridique portent la preuve, la traçabilité et la conformité. Lorsque tout le monde est concerné sans qu’une responsabilité claire soit organisée, le risque se dilue. Or, c’est dans ces zones grises que le risque devient majeur.

    Les textes récents vont dans le sens d’une responsabilité plus structurée. DORA, applicable depuis le 17 janvier 2025, impose au secteur financier une approche harmonisée de la résilience numérique (5). NIS2 renforce les obligations de gestion des risques, de reporting et de supervision (6). Au Royaume-Uni, le Cyber Resilience Pledge publié en avril 2026 demande également de faire du cyber une responsabilité du board (7).

    La sécurité des paiements doit s’inscrire dans cette dynamique. Elle suppose une gouvernance commune entre finance, cybersécurité, conformité, juridique et direction générale. Non pour multiplier les comités, mais pour désigner clairement qui garantit la qualité de la donnée, qui valide les contrôles, qui documente les preuves et qui arbitre les exceptions.

    De la procédure à la preuve

    Le passage décisif est celui de la procédure à la preuve. Il ne suffira plus de dire qu’un paiement a été validé. Il faudra démontrer comment l’identité du bénéficiaire a été vérifiée, quand la donnée a été mise à jour, quels signaux ont été consultés et pourquoi le paiement a été exécuté malgré tel ou tel écart. La confiance ne se décrète pas. Elle se documente.

    Les évolutions récentes confirment ce déplacement. La Banque de France a lancé en mai 2026 le FNC-RF, fichier national des comptes signalés pour risque de fraude, afin de permettre aux prestataires de services de paiement de partager des signalements sur des comptes à risque, sans donnée nominative (8).

    Ces évolutions disent l’essentiel : les fraudeurs mutualisent déjà leurs méthodes. Les acteurs légitimes devront, eux aussi, apprendre à mutualiser certains signaux, dans un cadre sécurisé, proportionné et conforme aux exigences de protection des données. Demain, les entreprises ne seront pas seulement jugées sur leur capacité à payer vite. Elles le seront sur leur capacité à payer juste, à prouver qu’elles ont vérifié, et à contribuer à un écosystème de confiance où la sécurité des paiements devient un bien commun et où les données tiers deviennent des actifs précieux pour chaque direction financière.

    Sources :

    1. Banco Santander, BBVA and CaixaBank launch FrauDfense Check to strengthen the fight against financial crime across the sector:
    2. CHIFFRES-CLÉS DE L’OBSERVATOIRE 1er semestre 2025  
    3. Instant Payments Regulation (IPR)
    4. La facturation électronique, qu’est-ce que ça change pour moi ? | impots.gouv.fr
    5. Digital Operational Resilience Act (DORA) – European Insurance and Occupational Pensions Authority
    6. NIS2 Directive: securing network and information systems | Shaping Europe’s digital future 
    7. Cyber Resilience Pledge – GOV.UK  :
    8. Lancement de la plateforme des IBAN suspects : un nouvel outil-clé de lutte contre la fraude aux paiements | Banque de France  :
        
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