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    ESN : Comment Sopra Steria fait évoluer son modèle face à l’industrialisation de l’IA

    Derrière la difficulté des entreprises à transformer leurs POC IA en projets opérationnels, les ESN traversent elles aussi une phase de transition : industrialisation des offres, montée des investissements, évolution des modèles économiques. Au cœur de ces enjeux : souveraineté et dépendances numériques.


    Des sujets que portera Grégory Wintrebert, directeur exécutif des Relations institutionnelles et des Partenariats stratégiques de Sopra Steria, également président de l’Alliance pour la Confiance Numérique (ACN) et du bureau technologies de Numeum, à l’occasion du Salon Souveraineté Numérique.

    Comment voyez-vous évoluer les projets IA des entreprises ?

    Grégory Wintrebert : Il y a encore un an, nous étions très clairement dans une phase de POC. Nous le constations dans les échanges que nous avions avec nos clients, quel que soit leur secteur d’activité. Les projets portaient sur des cas d’usage très variés, que ce soit sur la RH, la finance ou d’autres fonctions, mais restaient majoritairement exploratoires.

    Aujourd’hui, nous voyons apparaître des approches plus directement intégrées aux processus métiers. Concrètement, il ne s’agit plus seulement de tester une technologie, mais d’industrialiser un processus. Nous travaillons par exemple sur des solutions d’IA appliquées au recrutement. Ces solutions ont été suffisamment structurées pour être réutilisées et proposées à plusieurs entreprises, avec en outre la prise en compte de l’AI Act.

    Cela change la nature des projets, puisqu’il devient possible de capitaliser et de passer à une logique de déploiement à plus grande échelle. Nous le voyons notamment dans des fonctions support, où les cas d’usage sont plus facilement réplicables.

    ▶ [À lire également] « Êtes-vous prêts au pire ? » : comment le Crédit Agricole intègre résilience et souveraineté dans ses décisions IT

    Comment cela impacte une ESN comme Sopra Steria ?

    Nous avons dû faire évoluer notre manière d’aborder ces projets. Historiquement, Sopra Steria est structurée pour gérer des programmes d’intégration importants, avec des engagements dans la durée. Quand les premiers projets IA ont émergé, ils sont d’abord restés focalisés sur des expérimentations ciblées, loin encore des logiques de déploiement à grande échelle.

    « Les ESN traversent elles aussi une phase d’adaptation »

    Aujourd’hui, nous entrons dans une logique différente. Nous avons travaillé pour industrialiser des offres autour de cas d’usage précis, comme les fiches de paie par exemple. Cela nous permet de capitaliser sur les développements réalisés et de proposer des briques déjà structurées à plusieurs entreprises, plutôt que de repartir systématiquement de zéro.

    Cette approche change aussi la manière dont les entreprises déploient l’IA. Elles peuvent s’appuyer davantage sur des offres déjà éprouvées et accélérer certains projets, notamment sur des fonctions support où les besoins restent souvent assez proches d’une organisation à l’autre.

    Comment utilisez-vous l’IA en interne aujourd’hui ?

    Nous avons structuré nos usages internes autour de ce que nous appelons un “backbone AI”. Il s’agit d’un socle qui regroupe différentes solutions du marché, que nous mettons à disposition de nos collaborateurs. Concrètement, cela inclut des outils issus des grands éditeurs, comme des solutions cloud ou des environnements de développement intégrant de l’IA. L’enjeu est surtout de rendre ces outils accessibles et utilisables au quotidien par les équipes.

    Nous restons très orientés vers des usages concrets et responsables. L’IA nous permet de produire plus rapidement, mais aussi de consacrer davantage de temps à des activités à plus forte valeur ajoutée pour nos clients. Cela ne se fait pas au détriment de l’emploi. Nous continuons à recruter de manière significative, avec plusieurs milliers de collaborateurs intégrés récemment. Dans notre cas, l’IA vient en complément de la croissance de l’activité, et non en substitution.

    Pourquoi vous semblait-il important d’aborder ces sujets dans le cadre du Salon de la Souveraineté Numérique ?

    Ces enjeux concernent aujourd’hui des acteurs très différents, avec des niveaux de maturité et des contraintes parfois très éloignés. Une grande entreprise, une collectivité ou une PME ne vont pas appréhender les enjeux d’industrialisation de l’IA ou de souveraineté numérique de la même manière. Pourtant, beaucoup de questions deviennent communes : dépendances technologiques, maîtrise des données, capacité à faire évoluer les infrastructures ou encore arbitrages entre innovation, coûts et gouvernance.

    « Beaucoup d’organisations cherchent encore comment industrialiser leurs usages IA »

    L’intérêt d’un événement comme le Salon Souveraineté Numérique est justement de permettre des échanges plus concrets entre entreprises, acteurs publics et fournisseurs technologiques autour de ces problématiques très opérationnelles. Aujourd’hui, beaucoup d’organisations cherchent encore à comprendre comment passer de phases expérimentales à des approches réellement industrialisées, tout en gardant une certaine maîtrise de leurs choix technologiques.

    Ces échanges sont aussi importants parce qu’ils permettent de confronter des retours d’expérience très différents. Certains acteurs ont déjà industrialisé des usages IA, d’autres sont encore dans des phases d’exploration ou de structuration. Le fait de pouvoir partager ces approches, les difficultés rencontrées ou les arbitrages réalisés est utile pour aider les organisations à avancer plus vite et avec davantage de recul sur ces sujets.

    À lire également : Souveraineté Numérique, un 1er salon à Paris les 30 juin et 1er juillet 2026

    Article réalisé en collaboration avec le salon Souveraineté Numérique.

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