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    IT Partners 2026 : ajustements visibles, équilibres fragiles.

    Les 4 et 5 février 2026, l’IT Partners a réuni la distribution IT française pour sa 20e édition – sa deuxième consécutive à La Défense Arena. Un événement mieux orchestré mais toujours en quête d’équilibre, dans un marché qui continue de se recomposer.


    L’IT Partners, bien plus qu’un salon professionnel

    Avant de devenir une institution, l’IT Partners a d’abord été un pari. Un concept d’évènement destiné exclusivement au Channel, sans équivalent ou référence en Europe. Un pari rapidement transformé : le salon devient en quelques années le point de ralliement de tout un écosystème, revendeurs, intégrateurs, MSP, et distributeurs IT. Il répond alors à un besoin très concret, à une époque où de nombreux constructeurs et éditeurs construisent encore leur premier réseau de distribution indirecte.

    L’IT Partners est un concept sans équivalent en Europe

    L’IT Partners s’impose également grâce à un format qui deviendra sa signature : deux jours à Disneyland Paris et une privatisation partielle du parc pour clôturer la première journée. Les revendeurs adhérents. Le format favorise les rencontres et les échanges informels. Les entreprises de province se déplacent massivement, aidées par une logistique simplifiée à l’extrême : la gare TGV (Marne-la-Vallée) est à deux pas, le logement possible sur place.

    2025 : nouvelle scène, nouveaux repères

    En 2025, l’IT Partners bascule à La Défense. Un changement de lieu qui reconfigure totalement le salon. Exit Disneyland, ses espaces ouverts, ses flux naturels et sa capacité à mixer business et relationnel informel. À La Défense Arena, tout est plus dense, plus standardisé, plus cadré. Le plan du salon impose une uniformité visuelle. Le salon perd en souplesse ce qu’il gagne en rationalisation.

    « L’audiovisuel professionnel (AV), historiquement très présent sur le salon, disparaît. »

    L’édition se déroule pour la première fois en parallèle de l’ISE, principal salon dédié à l’audiovisuel (AV) professionnel en Europe (90 000 visiteurs, à Barcelone). L’impact est immédiat : L’écosystème AV, historiquement très présent à l’IT Partners, doit se résoudre à faire l’impasse sur le salon du Channel. Une absence d’autant plus visible qu’elle s’inscrit dans une tendance de fond : le retrait progressif du hardware du salon, sur fond d’arbitrages budgétaires, dans un marché en perte de vitesse.

    L’édition 2025 se révèle au final plus clivante que jamais : elle déçoit les anciens autant qu’elle séduit les nouveaux acteurs. L’IT Partners s’ouvre largement aux télécoms et à la cybersécurité. Le visitorat reste important, moins nombreux certes, mais surtout plus parisien, moins régional. On y vient parfois pour 2h, pour une ½ journée. On se quitte en fin de journée.

    Une formule rééquilibrée en 2026

    Retour en 2026. L’organisation a clairement repris la main sur le format, en misant sur des ajustements concrets. Le lieu impose ses contraintes, mais le dispositif s’y adapte désormais avec plus de cohérence. Exit le chanteur Mika, qui avait conclu d’un concert privé la première journée du salon en 2025- au prix d’une fermeture précoce de l’espace d’exposition. Les visiteurs sont invités cette année à prolonger leur journée par un afterwork sur site, au milieu d’exposants ravis de l’initiative.

    Tout est fait pour satisfaire les visiteurs, et les garder le plus longtemps possible sur site. Plusieurs milliers de plateaux-repas sont distribués pendant les deux pauses déjeuner. L’initiative, sponsorisée par unyc, est rare, voire exceptionnelle pour un salon de cette envergure. Sur la forme, le fil rouge “cinéma” donne un cadre au salon. Côté « show » : une tyrolienne de 140 mètres fait planer les visiteurs au-dessus du salon. Effet « Waouh » garanti. Mention spéciale enfin à l’intervention de Cédric Klapisch, interviewé sur la scène principale par Paul Dubois, qui surprend et marque les esprits.

    « Les conférences gagnent en visibilité et en qualité. »

    Mais c’est surtout sur le contenu que l’évolution est la plus visible. L’IT Partners installe (enfin) un vrai programme de conférences, dans des espaces adaptés, parfaitement intégrés à l’enceinte de l’Arena. La Channel Arena (pilotée par Sébastien Gest, pour ndnm) et la Cyber Arena (avec Sébastien Garnault et la Cyber Task Force) proposent des thématiques plus en phase avec les attentes des prestataires IT. En parallèle, plusieurs exposants proposent de passer sur site des certifications (Asus, Microsoft…) : un gain de temps précieux, tant l’exercice est souvent redouté (et repoussé) par le Channel.

    Et maintenant, place aux MSP ?

    Si l’édition 2026 rassure, elle ne semble en revanche pas capable d’infléchir les dynamiques amorcées en 2025, qui se confirment, voire s’accentuent : l’écosystème AV est porté disparu ; des acteurs majeurs comme Dell, Microsoft, Logitech ou HPE ne sont présents qu’à travers le « village » du distributeur TD SYNNEX, stratégiquement placé au centre du salon. HP et Lenovo ont déserté, tout comme Ingram Micro, Arrow ECS ou Edox, côté distributeurs.

    « Le centre de gravité du salon se déplace vers les télécoms. »

    Dans cet espace laissé vacant, d’autres acteurs prennent position. Les distributeurs spécialisés MSP gagnent en visibilité et en lisibilité. BeMSP, Hermitage Solutions, MIEL ou Cris Réseaux bénéficient d’un terrain plus favorable, porté par un salon désormais dominé par les opérateurs télécoms (Dstny, Sewan, Enreach, Unyc…), les offres SaaS, cloud et cybersécurité. Le centre de gravité se déplace – et ceux qui structurent le modèle MSP en profitent pleinement.

    Un constat qui appelle toutefois une double lecture, notamment sur la cybersécurité : si plusieurs acteurs historiques sont bien là (Fortinet, Sophos, Bitdefender, WatchGuard ou OpenText), de nombreux éditeurs manquent à l’appel : de Cisco à Palo Alto Networks, en passant par SentinelOne, CrowdStrike, Check Point, Proofpoint ou Netskope, pour ne citer qu’eux.

    Une transition, des questions.

    Pour un visiteur qui aurait découvert l’IT Partners en 2026, difficile de faire la fine bouche. Avec plus de 230 exposants et plusieurs milliers de visiteurs, l’événement conserve une assise très solide. L’accueil est soigné (c’est peu dire), l’expérience fluide, les conférences professionnelles. Restent des signaux d’inquiétudes, sinon d’alertes. Jusqu’à quand le salon pourra-t-il se couper, chaque année un peu plus, des principaux acteurs du marché ? L’absence des grands noms du secteur interroge, au-delà du symbole. Elle installe une logique de désengagement progressif, que d’autres pourraient suivre.

    Mais à l’heure du bilan, il serait hasardeux de demander à l’IT Partners une clarté que le marché lui-même ne parvient plus à offrir. Depuis le COVID, les repères ont disparu les uns après les autres. Qui aurait pu prévoir, il y a seulement douze mois, une telle montée des tensions géopolitiques, le retour de la souveraineté comme priorité industrielle, ou l’explosion des prix de la mémoire ? Le Channel évolue aujourd’hui sans certitudes, et c’est précisément ce qui fait d’un salon comme l’IT Partners un rendez-vous si précieux. Même imparfait.

    Par Guilhem Thérond

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