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    Portrait – Emmanuelle Courtet, DG d’Alliance du Numérique « Le groupement doit être un point d’appui pour les dirigeants »

    Créée en 2017, Alliance du Numérique est un groupement français de prestataires et revendeurs IT indépendants. Le réseau rassemble aujourd’hui plus d’une centaine d’adhérents, principalement des revendeurs et prestataires IT de taille intermédiaire.

    Le groupement a créé en septembre dernier un poste de direction générale, confié à Emmanuelle Courtet. Issue du monde de la franchise et des réseaux organisés, elle est chargée de structurer le fonctionnement d’ADN et d’accompagner sa prochaine phase d’évolution.

    Pouvez-vous revenir sur votre parcours, avant votre arrivée chez Alliance du Numérique ?

    Emmanuelle Courtet : Je ne viens pas du monde de l’IT. J’ai commencé ma carrière en agence de communication, sans lien particulier avec la franchise au départ. C’est au fil des missions que l’agence a été amenée à travailler pour des enseignes de commerce organisé et pour le salon de la franchise. Progressivement, nous avons donc abordé ces sujets, presque par opportunité, en découvrant le fonctionnement de ces organisations.

    Cette première expérience a surtout été une phase d’apprentissage. Elle m’a permis de me familiariser avec les logiques de têtes de réseau, de développement et d’animation de collectifs d’entreprises indépendantes, sans que ce soit, à ce stade, un choix de spécialisation assumé.

    Cette première expérience a-t-elle été déterminante dans votre orientation vers la franchise et les réseaux organisés ?

    Après cette période en agence, je me suis mise à mon compte et j’ai travaillé pour un réseau de services à la personne en tant que responsable des relations publiques. J’ai accompagné ce réseau pendant près de dix ans et vécu sa croissance de l’intérieur, d’une vingtaine à plus d’une centaine d’unités, avec des enjeux très concrets de gouvernance et d’organisation.

    Cette expérience m’a naturellement conduite à me spécialiser dans la franchise. J’ai alors rejoint l’agence de développement de réseaux Progessium pour y créer la bunsiness unit communication avant d’en devenir associée puis directrice générale, passant progressivement d’un rôle de conseil à une fonction de pilotage. Enfin, j’ai travaillé pour le cabinet de conseil Franchise Management comme consultante senior, où j’ai accompagné de nombreux chefs d’entreprise pour créer, développer ou restructurer leur réseau.

    Qu’est-ce qui vous a amenée à quitter un rôle de conseil pour rejoindre un groupement IT ?

    Pendant plusieurs années, mon métier a consisté à auditer des réseaux, identifier des dysfonctionnements et proposer des plans d’action. C’est intellectuellement très stimulant, mais in fine, ce sont toujours les clients qui restent aux commandes. J’avais envie de passer de l’autre côté, de piloter un projet de bout en bout, avec la responsabilité des décisions.

    Chez Alliance du Numérique, je prends énormément de plaisir, je me suis intégrée dans un projet collectif extrêmement stimulant. Je ne suis plus dans un rôle de conseil, mais un rôle d’acteur, un rôle de décision : il faut arbitrer, prioriser, parfois renoncer. Cela change complètement ma posture. C’est ce que je recherchais.

    Pourquoi Alliance du Numérique a-t-elle ressenti le besoin de créer un poste de direction générale ?

    Le réseau a beaucoup grandi. Les associés fondateurs sont eux-mêmes dirigeants de leurs entreprises de services informatiques. Jusqu’à présent, la direction était assurée de manière partagée, en plus de leur activité opérationnelle. Tant que le réseau reste à une taille modeste, cela fonctionne. Mais quand nous dépassons les cent membres, cela devient très compliqué.

    Il n’y avait pas de direction à temps plein, et les associés n’avaient tout simplement plus le temps de tout gérer. Le recrutement a été très préparé, car il s’agissait d’un moment important dans la vie du réseau. Il ne s’agissait pas d’un remplacement, mais bien d’une création de poste pour accompagner un changement d’échelle.

    En venant de la franchise, quelles différences majeures avez-vous identifiées avec un groupement IT ?

    La franchise repose sur trois piliers très clairs. D’abord, une marque commune. Ensuite, un savoir-faire formalisé, éprouvé, qui doit être répliqué. Enfin, une assistance structurée et contrôlée. Rien de tout cela n’existe dans un groupement comme Alliance du Numérique, et c’est assumé.

    Chez ADN, chaque adhérent conserve son identité, son modèle économique, son positionnement. Il n’y a pas de modèle unique à répliquer. Les associés eux-mêmes n’ont pas le même type d’activité : certains sont très orientés B2B, d’autres ont encore une part de B2C, certains sont généralistes, d’autres plus spécialisés. Le groupement n’a pas vocation à imposer une recette mais à permettre à chacun d’améliorer la sienne grâce aux services, aux échanges et à la dynamique proposés par ADN.

    Quel regard portez-vous sur le marché des MSP, que vous découvrez de l’intérieur ?

    Il existe aujourd’hui un consensus sur le fait que le modèle MSP répond aux attentes d’un large spectre d’organisations, aussi bien des entreprises – PME comme grands groupes – que des collectivités et des établissements publics. En revanche, on constate également que les prestataires ne l’appréhendent pas de la même manière, au même rythme, et c’est normal.

    De nombreux paramètres entre en ligne de compte : leur taille, la typologie de leurs clients, leur stack technique et de leur capacité à se réorganiser, à investir. Cette évolution s’opère dans un marché très anxiogène, marqué par la pression autour de la cybersécurité. Se positionner comme MSP, et plus encore comme MSSP, place les dirigeants sous une responsabilité forte, avec un niveau de stress élevé que beaucoup expriment très clairement.

    En quoi un groupement peut-il répondre à cette pression ?

    Le rôle d’un groupement comme Alliance du Numérique est d’abord d’aider les dirigeants de prestataires IT à prendre du recul. Pouvoir échanger avec des pairs, partager des retours d’expérience ou confronter des choix techniques permet de ne pas rester seul au moment de la prise de décision. Ces échanges peuvent être informels, mais ils s’inscrivent aussi dans des dispositifs plus structurés, comme des groupes de travail ou des formations approfondies. Certains travaux portent par exemple sur l’application opérationnelle des quarante-deux mesures de l’ANSSI.

    Il existe également un levier économique important. Le groupement mutualise les négociations avec les éditeurs, les constructeurs et les grossistes, donne accès à de meilleures conditions d’achat et redistribue une partie des remises. ADN reverse 80 % des remises de fin d’année à ses adhérents, ce qui améliore directement leur équilibre financier et leur capacité à investir.

    Quelle est votre feuille de route à court et moyen terme ?

    Le développement du réseau se fait aujourd’hui de manière naturelle, avec l’arrivée d’une dizaine de nouveaux adhérents chaque année. Cette croissance reste volontairement maîtrisée, avec une attention portée à la cohérence et à la complémentarité des profils au sein du groupement. Dans cette logique, ADN a également renforcé les échanges de proximité à travers un tour organisé en fin d’année 2025, avec plusieurs étapes en région, notamment à Rennes, Bordeaux et Orange. Ce format a permis d’aller plus loin dans les discussions avec les adhérents et de mieux appréhender leurs réalités opérationnelles sur le terrain.

    Notre priorité porte désormais sur la structuration du groupement. Alliance du Numérique dispose déjà d’un socle solide, construit autour de partenariats, de services et d’une dynamique collective bien installée. Nous allons nous appuyer sur ces fondamentaux pour pouvoir accélérer notre développement en2026 et 2027. La mise en place d’un nouvel ERP interne va dans ce sens, ce sera notre principal projet sur ce début d’année. Un projet très structurant que je suis très fière de porter.

    Auteur/autrice

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