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    Municipales : l’accessibilité numérique doit (enfin) devenir une priorité locale [tribune]

    Chaque semaine, la rédaction de L’observatoire de la tech donne la parole à un expert, un décideur ou un acteur de terrain. Pour apporter un éclairage différent sur l’actualité du marché et ses enjeux. Cette semaine, c’est Jerry Journo, cofondateur et CEO France France chez AccessiWay, qui appelle les élus à agir concrètement sur le retard des collectivités sur l’accessibilité numérique.


    Dans le cadre des dernières municipales, de nombreuses associations françaises de défense des personnes en situation de handicap ont réclamé des engagements clairs pour faire de l’accessibilité une priorité politique. A raison, d’autant plus que cela ne limite pas à l’urbanisme : l’accessibilité numérique doit aussi devenir un cheval de bataille prioritaire pour favoriser l’inclusion.

    Un retard colossal mais pas rédhibitoire

    20 ans plus tôt naissaient les premières obligations d’accessibilité des sites web publics, avec la « loi handicap » du 11 février 2005. Des obligations renforcées en 2012, année depuis laquelle les collectivités territoriales ont pour obligation de se conformer au Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité (RGAA) qui comporte 106 critères de contrôle. Et depuis le 23 septembre 2019, les sites publics doivent désormais publier une déclaration d’accessibilité et afficher leur conformité dès la page d’accueil.

    Pourtant, malgré ces différents encouragements réglementaires, aujourd’hui, le retard est colossal : seulement 16,3% des communes atteignent un score technique satisfaisant selon RGAA Checker, ou 96% des sites internet communaux présentent une accessibilité insuffisante selon une étude des associations Adullact et Déclic.

    Des services numériques pas comme les autres

    A l’heure où 572 millions de démarches en ligne sont enregistrées chaque année, soit 82% de l’ensemble des démarches administratives, l’égalité d’accès aux services publics représente un enjeu démocratique majeur, surtout à l’orée des élections municipales. En incarnant la présence de l’Etat, ces services ne sont pas comme les autres et conditionnent l’accès effectif aux droits. Inscription scolaire, cantine, urbanisme, culture, vie associative… Les municipalités représentent le premier échelon de proximité.

    « 96% des sites internet communaux présentent une accessibilité insuffisante »

    Garantir l’accessibilité numérique c’est favoriser une bonne navigation et permettre un parcours en ligne simple et agréable. De ce fait, l’accessibilité numérique offre une expérience utilisateur de qualité à un public bien plus large que les 12 millions de français en situation de handicap. Elle concerne l’ensemble des citoyens en difficulté avec le numérique ou utilisant des connexions internet peu performantes. Depuis juin 2025, l’European Accessibility Act oblige les entreprises à se conformer aux critères d’accessibilité. Les collectivités doivent donner l’exemple.

    Inaccessibilité numérique : parer un coup à la démocratie

    Les nouvelles équipes municipales ont donc une responsabilité : faire de l’accessibilité numérique un pilier de leur mandat. Cela suppose d’abord un engagement politique explicite, inscrit dans les feuilles de route numériques des collectivités. Cela implique ensuite des moyens : former les agents, intégrer l’accessibilité dès la conception des projets (et non en correctif tardif), auditer régulièrement les sites et applications, publier des déclarations d’accessibilité transparentes et associer les usagers concernés aux phases de test.

    Contrairement aux idées reçues, rendre un service numérique accessible ne représente pas un Everest financier et requiert surtout du bon sens pour simplifier les parcours. Elle constitue un investissement rationnel autant qu’un impératif éthique. À l’heure où la dématérialisation continue de s’accélérer, ne pas agir reviendrait à continuer d’aggraver la fracture territoriale et sociale. Il appartient désormais aux nouveaux élus de se saisir de ce chantier quasi-vierge pour que chaque citoyen puisse accéder à ses droits, sans obstacle et sans exclusion.

    Une tribune de Jerry Journo, cofondateur et CEO France d’AccessiWay

    Source : Banque des territoires

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