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    “80% des projets IA ne passent pas en production” : face à l’enjeu d’exécution, comment les intégrateurs IT se transforment

    Les projets IA se multiplient, mais peinent encore à sortir du stade de l’expérimentation. Pour les intégrateurs IT, l’enjeu dépasse désormais la seule intégration technique, avec une implication croissante des métiers. HPE structure son approche pour accompagner cette évolution, entre briques technologiques, dispositifs dédiés et nouvelles formes de collaboration.

    Entretien avec Romeo Carreira, Directeur des ventes SMB et Distribution, HPE France.


    Quel regard portez-vous sur la mise en œuvre des projets IA dans les entreprises ?

    Romeo Carreira : On entend régulièrement que 80 à 90 % des projets IA ne passent pas en production. Sur le terrain, c’est une réalité que nous observons. Les entreprises lancent beaucoup de POC, explorent des cas d’usage, mais le passage à l’échelle reste complexe. Le sujet n’est pas tant technologique. Les solutions existent, les infrastructures sont disponibles, et les compétences progressent. En revanche, il y a un enjeu d’exécution.

    “L’enjeu n’est pas technologique, il est dans l’exécution”

    Il faut aligner les directions générales, les métiers et la DSI, et ce n’est pas toujours simple. Les intégrateurs avec lesquels nous travaillons ont une expertise technique très forte et une relation historique avec leurs clients. Les projets IA les amènent à intervenir plus en amont, au niveau des métiers, pour construire les cas d’usage. C’est une évolution importante, qui demande d’adapter les approches, sans remettre en cause leur rôle central dans le déploiement des solutions.

    Comment vous organisez-vous pour répondre à ces évolutions ?

    Nous nous appuyons d’abord sur des briques que nous développons depuis longtemps, notamment en AIOps, avec des environnements capables d’exploiter des volumes importants de données pour accélérer la prise de décision. Nous avons ensuite étendu ces capacités avec l’IA générative et des approches agentiques, qui permettent d’automatiser certaines actions ou interactions, tout en laissant le contrôle aux utilisateurs.

    Sur la partie infrastructure, nous avons lancé Private Cloud AI, une solution développée avec NVIDIA. Elle intègre le compute, le stockage, les GPU et les briques logicielles NVIDIA dans un ensemble cohérent. L’objectif est de permettre de déployer rapidement des cas d’usage, en s’appuyant notamment sur des éléments comme les NIM ou les blueprints, qui servent de base pour construire des applications. Nous cherchons avant tout à simplifier le passage à l’exécution, en réduisant le temps nécessaire pour mettre en place des projets concrets.

    Comment travaillez-vous avec les intégrateurs sur ces projets IA ?

    Les principaux intégrateurs du marché ont déjà lancé des solutions structurées, avec des offres dédiées à l’IA. Ils s’approprient ces sujets, en s’appuyant sur leur connaissance des environnements clients et leur capacité à intégrer des briques technologiques.

    Notre rôle est de les aider en leur apportant des moyens concrets pour accélérer. Cela passe par des dispositifs comme le programme Zenith, notamment, qui s’adresse à des intégrateurs qui souhaitent investir rapidement sur l’IA. Nous leur apportons des moyens concrets, comme des budgets, des équipements ou du cofinancement pour développer des offres.

    Plus largement, nous nous adaptons aux dynamiques propres à chaque intégrateur. Certains ont déjà structuré des offres, d’autres travaillent encore leurs premiers cas d’usage. Nous leur apportons des ressources et des échanges réguliers pour soutenir ces démarches et faciliter leur mise en œuvre.

    Vous avez souligné l’importance des métiers dans les projets IA. Comment travaillez-vous sur cet aspect ?

    Les intégrateurs disposent d’une expertise très forte sur les technologies et d’une connaissance fine de leurs clients, entreprises et établissements publics. L’enjeu pour eux se situe dans leur capacité à adresser ces sujets au niveau des métiers et à structurer des cas d’usage en lien avec les directions générales.

    Nous avons travaillé pour identifier des acteurs spécialisés, des « solutions advisors » qui puissent intervenir aux côtés des intégrateurs sur ces sujets, sur la définition des cas d’usage et les échanges nécessaires avec les directions métiers et générales. C’est une approche qui séduit nos partenaires intégrateurs.

    Concrètement, nous avons organisé pour eux des sessions dans notre Customer Innovation Center de Genève. Ces partenaires spécialisésy ont présenté des cas d’usage, leurs approches. Ce format a permis aux intégrateurs d’échanger directement avec eux, de valider leurs complémentarités. Pour intervenir ensuite ensemble, chacun sur son périmètre.

    Quels sont les types de cas d’usage sur lesquels vous travaillez ?

    Certains cas d’usage se développent rapidement. La détection de fraude est très présente, quel que soit le secteur. Elle répond à des besoins concrets et transverses. Nous voyons aussi des cas autour des bots. Un exemple nous a été présenté par un partenaire : un revendeur de pneus a mis en place un voice bot capable de gérer une interaction commerciale complète. Le client appelle, le bot propose des produits, répond aux objections sur le prix et peut aller jusqu’à la prise de commande. Les échanges sont fluides, avec très peu de latence.

    “C’est la combinaison des expertises qui fait avancer les projets”

    Ce type de cas d’usage est intéressant parce qu’il permet d’obtenir rapidement des résultats mesurables. La question qui se pose ensuite est de comparer ces systèmes aux processus existants, en termes d’efficacité. Nous voyons également émerger des usages autour des avatars ou de la computer vision, qui ouvrent d’autres perspectives d’interaction.

    Quelle sera, selon vous, la suite logique de ces initiatives ?

    Ce format va être reconduit, avec l’idée d’inscrire ces échanges dans la durée. Nous avons commencé avec un nombre limité d’acteurs pour travailler sur des cas d’usage précis. Nous allons poursuivre dans cette logique, en ouvrant à d’autres expertises et en abordant de nouveaux sujets comme les avatars ou la computer vision, par exemple.

    Les intégrateurs sont aujourd’hui au cœur des systèmes d’information de leurs clients. Les projets IA leur permettent de renforcer encore leur rôle de partenaire stratégique, et nous sommes là pour les accompagner dans cette évolution.

    → À lire également : Virtualisation multi-hyperviseurs et IA, HPE renforce son offre GreenLake

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