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    Santé numérique : fluidifier les parcours face aux maladies chroniques

    Chaque semaine, la rédaction de L’Observatoire de la tech donne la parole à un expert, un décideur ou un acteur de terrain. Pour apporter un éclairage différent sur l’actualité du marché et ses enjeux. Cette semaine, c’est Ludovic Atellian, Co-fondateur de la Health Tech Observia, qui questionne la fragmentation des parcours de soins à l’heure du numérique.


    Par Ludovic Atellian, Co-fondateur de la Health Tech Observia

    Alors que le déficit de la Sécurité sociale atteint près de 20 milliards d’euros, notre système de santé souffre d’un cloisonnement profond entre les acteurs. Un système coûteux, fragmenté et qui, conçu pour répondre aux pathologies aiguës, ne répond pas à l’évolution du besoin en soins de santé.

    En effet, les maladies chroniques continuent de progresser ! Les patients vivent plus longtemps avec leur pathologie. Cette évolution impose de changer nos mentalités concernant les modalités de prise en charge : il ne s’agit plus seulement de soigner lors d’un rendez-vous ponctuel, mais d’accompagner dans la durée, entre deux consultations, avec des patients mieux informés et plus autonomes.

    Des parcours de soins encore trop fragmentés et chronophages

    L’un des principaux freins à l’efficience du système réside aujourd’hui dans la fragmentation des parcours de soins. La séparation entre la ville, l’hôpital et le médico-social, la multiplication des intervenants et le silottage de l’information génèrent des pertes de temps considérables. Les initiatives locales se multiplient pour pallier ce problème, notamment avec les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), avec de premiers résultats tangibles mais encore balbutiants.

    Pour les patients, cette fragmentation se traduit par des parcours peu lisibles, des rendez-vous parfois redondants et un sentiment de dépendance vis-à-vis du système. Faute d’outils adaptés, beaucoup arrivent en consultation insuffisamment préparés, avec des informations incomplètes, ce qui limite l’efficacité de l’échange médical et peut conduire à multiplier les consultations sans réel gain de qualité.

    Faire évoluer le modèle de suivi pour économiser 10 milliards d’euros par an

    Les affections de longue durée concernent aujourd’hui une part croissante de la population et nécessitent un suivi régulier, structuré et pédagogique. Pourtant, le modèle actuel repose encore largement sur des consultations rapprochées, alors même que de nombreux besoins se situent entre ces rendez-vous : compréhension de la maladie, suivi des symptômes, adaptation des comportements ou préparation des échanges avec le praticien.

    « 30 à 50 % des patients atteints de maladies chroniques ne suivent pas correctement leurs traitements. »

    Les conséquences sont chiffrables. Plusieurs études internationales montrent que 30 à 50 % des patients atteints de maladies chroniques ne suivent pas correctement leurs traitements. On parle des médicaments bien entendu, mais cela peut concerner également l’activité physique, le régime, le suivi médical… En cause notamment la compréhension insuffisante de la maladie, des traitements complexes, des facteurs médicaux liés à une coordination des soins ou des explications médicales insuffisantes, d’une maladie qui impacte l’état de façon variable voire de la précarité et des coûts indirects. Ces facteurs personnels, sociaux, médicaux créent ce que l’on appelle la non-observance. Et celle-ci représente 10 milliards d’euros de dépenses évitables par an.

    Fluidifier : la condition indispensable pour un système de santé réellement efficace

    Le numérique fait partie de la solution et constitue un fil rouge gouvernemental avec de multiples plans dont le dernier en date « Innovation Santé 2030 » doté de 7,5 milliards d’euros. Une manne financière qui permettra de développer l’interopérabilité des dossiers médicaux partagés, des solutions IA ou encore des plateformes collaboratives qui centralisent les données patients et offrent la promesse d’un parcours fluide, d’un meilleur partage des informations et d’une prise de décision éclairée. En facilitant le partage d’informations en temps réel entre médecins, pharmaciens, infirmiers et patients, ces outils permettent de réduire les redondances, d’améliorer l’observance thérapeutique et, in fine, de diminuer les dépenses superflues.

    « Le numérique ne doit pas rester une collection d’applications isolées »

    Toutefois, cette transition repose sur un engagement partagé : les institutions, les acteurs de terrain et les usagers doivent co‑construire un écosystème où chaque technologie sert un objectif commun – la qualité et la sécurité des soins, avec un parcours patient plus fluide. Récemment, de nombreux acteurs de la santé numérique, de tous horizons, se sont mis autour d’une table pour former L’Alliance Rhumatech et développer la plateforme numérique FormaRIC destinée à décomplexifier le parcours de soins des personnes atteintes de Rhumatismes Inflammatoires Chroniques. Un bon exemple qui illustre concrètement la manière dont une approche collaborative peut optimiser la circulation de l’information et soutenir à la fois les professionnels et les patients. Le numérique ne doit pas rester une collection d’applications isolées, mais bien s’inscrire dans une stratégie nationale visant à fluidifier le système, à renforcer la coordination et à garantir la pérennité financière du service de santé.

    Ludovic Atellian, Co-fondateur de la Health Tech Observia

    À lire également : [Tribune publique] Cybersécurité hospitalière : un scandale silencieux ?

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