De Cisco à Palo Alto, Stan Nabet a accompagné l’émergence de technologies qui ont redéfini la sécurité des entreprises. Aujourd’hui Country Manager France de Netskope, acteur majeur de la sécurité cloud et du SASE, il revendique une approche centrée sur la maîtrise technologique et sur la capacité des dirigeants à transformer ces choix en leviers durables de gouvernance.
Qu’est-ce qui donne du sens à votre rôle de dirigeant ?
Stan Nabet : Le lien. Le lien avec mes équipes, avec nos clients. Comprendre leurs contraintes, leurs priorités, leurs façons de travailler. C’est dans ces échanges que je trouve la matière pour orienter nos choix et donner de la valeur à ce que nous faisons. Mon rôle est de faire le pont entre cette réalité du terrain et la vision que nous construisons pour demain.
« J’ai toujours été animé par l’idée d’expliquer les transformations complexes »
J’ai toujours été animé par l’idée d’expliquer les transformations complexes, d’aider les équipes et les clients à en tirer parti. Diriger Netskope en France, c’est donner du sens à cette mission : construire une organisation qui n’est pas seulement dans la réaction mais qui prépare les prochaines étapes.
Quel est le fil conducteur de votre parcours ?
Mon parcours est marqué par les grandes ruptures du marché. J’ai d’abord travaillé chez Cisco et Check Point, quand la sécurité était encore pensée comme un simple composant du réseau. Puis chez Palo Alto, où j’ai participé à l’évangélisation du firewall de nouvelle génération. C’était une étape importante car elle a changé la manière de penser la sécurité, en intégrant davantage de visibilité et de contrôle.
Ces expériences m’ont montré que les entreprises veulent des solutions qui évoluent au même rythme que leurs usages. Quand elles adoptent massivement le cloud ou le SaaS, elles ne peuvent pas se contenter d’outils fragmentés. Aujourd’hui, elles cherchent de la cohérence entre le réseau et la sécurité, car c’est la condition pour garder de la visibilité et du contrôle. C’est cette logique qui m’a amené à rejoindre Netskope.
Quels sont les grands enjeux tech que traversent aujourd’hui les entreprises ?
Nous vivons une transformation structurelle qui me rappelle le passage de la voix à la data il y a vingt-cinq ans. À l’époque, la VoIP a changé la manière de concevoir les architectures et a bouleversé un marché entier. Aujourd’hui, c’est la convergence du réseau et de la sécurité qui redéfinit les infrastructures IT.
« Aujourd’hui, c’est la convergence du réseau et de la sécurité qui redéfinit les infrastructures IT. »
Les usages cloud et SaaS se sont imposés partout. Dans la plupart des entreprises, Microsoft, Salesforce ou Google font partie du quotidien. Cela change radicalement la surface d’attaque. Les menaces se déplacent dans ces flux et deviennent invisibles si l’on s’en tient aux approches historiques. Les entreprises doivent donc repenser leur manière d’aborder la sécurité, comme elles ont dû repenser leur manière de transporter la voix.
Dans ce contexte, la question de la dépendance, ou de l’autonomie technologique, semble de plus en plus primordiale…
Mon parcours m’a convaincu que l’indépendance tient avant tout à la maîtrise technologique, c’est même une condition de durabilité. Si vous construisez votre offre en vous reposant totalement sur les hyperscalers, vous êtes dépendants de leurs choix, de leurs contraintes et de leur calendrier. C’est une limite que j’ai constatée dans mes expériences précédentes.
Ce que je défends, c’est l’idée que pour répondre aux besoins des clients, il faut garder la main sur ses infrastructures. Cela peut demander plus d’efforts, mais c’est le seul moyen de garantir agilité et maîtrise. C’est cette capacité à décider et à agir rapidement qui fait la différence. Pour un dirigeant, c’est un choix de gouvernance plus qu’un choix technique.
En quoi la sécurité impacte t’elle la gouvernance d’une entreprise ?
La cybersécurité n’est plus un produit, c’est une fonction continue. Elle doit être opérée dans la durée, au même titre que les finances ou les ressources humaines. Pour un dirigeant, cela change profondément la gouvernance.
« La sécurité n’est plus un ajout, elle est au cœur du modèle. »
La sécurité devient le socle de la transformation numérique. Quand une entreprise adopte le cloud ou explore l’intelligence artificielle, la question de la sécurité arrive immédiatement. C’est ce qui me fait dire que l’avenir est dans l’intégration par API et l’échange de signaux faibles. Les solutions doivent être capables de partager leurs informations pour renforcer ensemble la posture de sécurité. Cela impose de concevoir des architectures simples à opérer malgré une complexité croissante. C’est ce changement de perspective qui modifie la façon dont une entreprise est pilotée : la sécurité n’est plus un ajout, elle est au cœur du modèle.
Que retenez-vous de la phase d’expansion que traverse Netskope ?
L’entreprise grandit vite. Lorsque je suis arrivé, nous étions à peine une dizaine. Nous sommes désormais plus de soixante. C’est une croissance rapide, qui transforme forcément ma manière de diriger. Mon rôle est de m’assurer que cette dynamique ne se limite pas aux chiffres, mais qu’elle s’accompagne d’une cohérence dans l’organisation et dans les priorités. La technologie évolue vite, mais ce sont avant tout les équipes qui font la différence.
À l’échelle mondiale, Netskope se prépare à une introduction en bourse. Cela impose un rythme soutenu, des investissements importants en R&D et une exigence d’innovation permanente. Ce qui me motive dans cette phase, c’est de trouver l’équilibre : accompagner la croissance locale, préparer cette nouvelle étape globale, tout en gardant un cap technologique clair. Mon objectif est de construire une organisation qui ne soit pas seulement en réaction, mais qui s’inscrive dans la durée.




